Il y a encore quelques années, n'importe quelle mairie délivrait une carte d'identité ou un passeport. C'était simple, ça marchait, et ça ne coûtait pas un centime de plus à personne. Un bureau à Paris a décidé que c'était trop simple. Résultat : des millions de Français galèrent aujourd'hui pour un renouvellement, pendant que l'État arrose des dispositifs de façade à grands coups de millions.
Une décision de fonctionnaires, imposée aux maires
Pas de mystère sur l'origine : le plan « Préfectures Nouvelle Génération », pondu par le ministère de l'Intérieur et acté par décret le 28 octobre 2016, appliqué dès mars 2017. Personne n'a demandé leur avis aux maires. L'association des maires de France a appris les correctifs d'urgence une fois qu'ils étaient déjà décidés, et des élus ont dénoncé, dès la première année, une réforme menée sans la moindre concertation. La méthode est toujours la même : on décide en haut, on découvre les dégâts en bas deux ans plus tard, et ce sont les communes qui nettoient.
Des millions cramés pour réparer une bêtise
L'excuse officielle, c'était la lutte contre la fraude. Ce qu'on a vraiment obtenu, c'est un bouchon administratif colmaté à coups de rustines : 8 580 € de dotation par station biométrique, 4 000 € de prime d'installation, 250 dispositifs de plus dès 2017 parce que les premiers n'ont jamais suffi. Rien n'y a fait. Entre 2019 et 2022, la demande de titres est passée de 9 à plus de 12 millions, les délais ont grimpé à 66 jours, et l'État a dû improviser un nouveau plan d'urgence : 400 dispositifs en catastrophe, 160 agents recrutés à la hâte, 500 guichets de plus avec jusqu'à 21 000 € par guichet. Des dizaines de millions d'euros dépensés pour recoller une décision qu'il avait lui-même prise et jamais assumée.
Et pendant qu'on prive les mairies de cette compétence, on nous vend en parallèle une fausse solution miracle : les maisons France Services. Plus de 2 700 structures, un forfait qui grimpe chaque année — 30 000 € en 2019, 50 000 € visés pour 2026 — sans jamais couvrir le coût réel. Résultat : 50 000 à 70 000 € de reste à charge par structure, refourgués aux collectivités. La Cour des comptes chiffre le tout à 350 millions d'euros pour 2024, dont à peine un tiers pris en charge par l'État. Et la plupart de ces structures ne délivrent même pas de carte d'identité. On paie pour un guichet qui ne fait pas le travail qu'on nous a retiré ailleurs.
On paie trois fois pour un service qu'on avait déjà gratuitement
L'État centralise, constate le désastre, puis empile des rustines coûteuses — bus départementaux, antennes d'agglomération, maisons France Services — pour faire semblant de réparer, en refilant la note aux communes. Le comble : on éloigne le service public des gens au nom de la modernisation, puis on dépense une fortune pour recréer artificiellement une proximité qui existait déjà, gratuitement, quand la mairie faisait le travail elle-même.
Je suis convaincu qu'il faut en finir avec cette manie de tout décider depuis Paris. Les élus locaux savent ce qui marche chez eux ; une administration centrale, elle, découvre les dégâts de ses réformes des années après, quand il est trop tard. Et il faut arrêter cette manie du « je fais un peu, tu fais un peu, il fait un peu », où le département sort un bus, l'agglomération ouvre une antenne, l'État finance sa maison France Services à côté, et où au final personne ne fait vraiment le boulot.
Ce que je propose, très concrètement : rendre la compétence aux communes qui veulent la porter, avec l'argent qui va avec, sans échelon intermédiaire à financer en plus. Supprimer les bus, les antennes et les doublons qui paient plusieurs fois pour un même service au lieu de le faire correctement une seule fois.
Un service, un financeur, un responsable clairement identifié — fini les financements croisés où personne n'est vraiment comptable de rien. Consulter les maires avant de décider, pas après avoir constaté les dégâts.
Il faut impérativement remettre directement dans les communes l'argent qu'on économise en supprimant les doublons, plutôt que de le recycler dans un nouveau dispositif parisien.